Interview de Philippe Planquette, président du club « L’arbre en pot »

Philippe Planquette, membre de l’association « L’arbre en pot » et animateur d'ateliers d’initiation à la taille des bonsaïs.

En quelques mots, pourriez-vous vous présenter ainsi que votre association ?

Je m’appelle Philippe Planquette et je suis passionné de bonsaïs depuis plus de 40 ans. Depuis 2017, je préside le club « L’arbre en pot », une association de loi 1901 qui promeut le bonsaï et qui rassemble 52 adhérents de la région rouennaise. Nous sommes affiliés à la Fédération française du bonsaï et nous nous réunissons deux fois par mois.

 

La taille du bonsaï, c’est une passion peu commune, pourriez-vous nous en dire plus ?

C’est une passion qui m’est venue à l’âge de 25 ans, quand j’ai reçu comme cadeau un bonsaï, un ficus, que j’ai encore et dont je m’occupe avec passion et patience.  C’est une passion désormais familiale : j’emmenais mes enfants en forêts pour prélever des graines. En effet, tout arbre peut être transformé en bonsaï, à condition d’y mettre l’investissement de temps et de minutie nécessaire.

J’ai travaillé seul mes bonsaïs au début, et j’ai fait énormément de bêtises ! J’apprenais dans les livres et j’essayais de répliquer… jusqu’à ce que mon épouse m’offre un jour comme cadeau de Noël une inscription à un club de bonsaï. J’ai pu y corriger les erreurs que je faisais : la taille trop sévère de l’arbre, l’oubli de rempotage pour renouveler les substrats, le manque d’entretien… C’est une somme de détails qu’on apprend en club : le collectif aide beaucoup. J’ai aujourd’hui 5 bonsaïs aboutis pour un ensemble de 70 arbres (65 arbres en cours de travail), depuis que je suis en club mes arbres sont en meilleur état.

 

En quoi la taille du bonsaï est un art et non « seulement » du jardinage ?

Pourquoi vouloir les dissocier ? Pour moi le jardinage est un art, donc la taille du bonsaï en est aussi. La culture du bonsaï est une pratique d’origine chinoise qui date du XIVème siècle, certain arbres encore vivants ont plus de 500 ans ! Les Japonais ont magnifié la culture du bonsaï et lui ont donné des codes et des règles : comment exposer un arbre ? Quelle plante d’accompagnement avoir (une shitakusa en japonais : une plante d’accent littéralement) ? Quelle petite tablette de présentation avoir ? Ça se dit shita en japonais, pour une exposition l’espace entre les arbres est aussi codifié. Il doit être compris entre 1,80 mètre et 1.20 mètre : jamais plus, jamais moins ! Lors d’une exposition, un bonsaï est toujours présenté sur sa propre tablette avec sur le côté sa shitakusa posée sur sa shita.

J’ai appris tout ceci grâce aux livres mais surtout, grâce au partenariat que mon club a développé avec un maître japonais qui est venu quelques jours par an pendant cinq ans. Il m’a beaucoup appris sur l’art de la taille du bonsaï pour que les arbres soient beaux et vivants.

 

Comment avez-vous eu l’idée de proposer cette activité à l’occasion de la Nuit européenne des musées ?

Le musée Beauvoisine nous a démarchés en novembre 2021, nous avons tout de suite été emballés par le projet. Si nous sommes habitués à des expositions de nos bonsaïs, jusque-là nous le faisions entre clubs. Exposer au musée Beauvoisine, c’est un honneur…mais aussi beaucoup de travail : nous tenons à ce que le public et les organisateurs soient satisfaits de ce que nous leur proposerons. Avec cet atelier d’initiation à la taille du bonsaï, on sort des sentiers battus : on n’a pas le droit de se rater !

 

Est-ce votre première Nuit européenne des musées en tant qu’intervenant ?

C’est ma première Nuit européenne des musées tout court ! Je ne connaissais pas avant ; avec de nombreux adhérents du club, on s’est d’ailleurs dit que cela donnait envie de la découvrir comme spectateur pour les prochaines années.

 

Qu’allez-vous proposer au public le 14 mai au soir ? Que souhaitez-vous lui transmettre comme message ?

Nous exposerons nos arbres dans la cour du musée à l’occasion d’un atelier ouvert au public. Nous leur expliquerons l’art des bonsaïs et tâcherons de faire résonner ces derniers avec le jardin et les œuvres du musée. Un musée est un lieu à part, cela va nous changer de nos expositions classiques avec des tissus blancs pour faire ressortir l’arbre. Le bonsaï est un art, il sera comme chez lui au musée.

Notre objectif est d’avoir une présentation interactive, surtout pas un cours magistral. Si le public ressort de la Nuit des musées avec des connaissances pratiques pour mieux prendre soin de ses arbres, nous aurons réussi.

 

D’après vous, qu’est-ce que le contexte de la nuit change à la pratique artistique et à son initiation ?

Pour nous ce sera la première fois qu’on présentera nos bonsaïs la nuit. Ce sera une découverte, j’ai hâte et je suis impatient de découvrir l’éclairage de l’atelier que nous ferons. Pour les êtres humains que nous sommes, la nuit est pleine de mystères, elle permet d’autres points focaux, d’autres approches. Il m’arrive personnellement d’aller voir mes bonsaïs la nuit et je remarque à chaque fois que je les regarde autrement.    
 

Nuit européenne des musées, bonsaï, musée Beauvoisine… ce sont autant de mots qu’on a peu l’habitude de voir ensemble dans une même phrase…

L’art est le ciment de tous ces mots. Le musée Beauvoisine a des trésors à nous faire découvrir, avec nos bonsaïs nous souhaitons que les visiteurs découvrent une autre facette artistique de la Nuit européenne des musées.