Interview de Sylvain Amic

En quelques mots, pourriez-vous vous présenter, votre rôle au sein de la Réunion des Musées Métropolitains de Rouen, ainsi que ces derniers ?

Je suis le directeur de la Réunion des Musées Métropolitains, une institution qui rassemble 11 musées organisés en quatre familles, les beaux-arts, la littérature, l’histoire et les sciences, l’art et l’industrie. Avec 200 agents et 14 millions d’euros de budget annuel, nous offrons un intense programme d’activités et d’expositions qui replacent les musées et leurs collections au centre du contrat social.

Nous assumons ainsi un positionnement fort, notamment sur l’égalité femmes-hommes, mais aussi sur la diversité, et le climat. Notre offre culturelle est structurée sur tout le territoire métropolitain et d’abord tournée vers la population, avec un accès libre et gratuit à nos ressources. Notre conviction est que les collections des musées apportent des clefs de compréhension aux questions contemporaines (par exemple la biodiversité, les migrations… ) qui nous sont aujourd’hui posées.

Mon travail consiste à animer une solide équipe de professionnels et à définir le cap à donner à ce paquebot, à définir des projets scientifiques et culturels, à la programmation des grands travaux et des investissements. Par exemple avec le musée Beauvoisine, qui rassemble le musée des antiquités et celui d’histoire naturelle, nous portons un nouveau un projet innovant, dans lequel les collections offriront un panorama complet de l’histoire du territoire en résonance avec les grandes préoccupations de nos concitoyens.

 

Votre première Nuit européenne des musées, c’était comment ? Est-ce que vous pourriez nous raconter une anecdote/un souvenir mémorable d’une Nuit européenne des musées ?

J’en ai fait beaucoup ! Mes premières Nuits sont forcément celles organisées au musée Fabre de Montpellier dans les années 2000 où j’ai commencé ma carrière. Je me souviens d’avoir travaillé sur le thème de l’anglomanie et du goût pour l’histoire anglaise, notamment autour du peintre Paul Delaroche. Ce qui est frappant c’est à quel point les propositions se sont enrichies et diversifiées au cours des années. La Nuit des musées est aujourd’hui le lieu d’un grand brassage, mettant en jeu des formes beaucoup plus ouvertes. C’est un gain important pour le renouvellement des approches muséales.

La Nuit européenne des musées la plus mémorable est bien sûr celle de 2020 avec le contexte Covid. Les musées étaient fermés, la Nuit avait été annulée puis repoussée sous un format numérique. Nous avions mis en place un programme de ressources numériques avec podcasts, visites à distance, captations vidéo… Je me souviens la piloter, confiné depuis la chambre de ma fille, en direct sur FranceinfoTV… c’était un grand moment ! Cette nuit virtuelle nous a permis de réaliser l’importance du numérique pour toucher un public éloigné et « empêché », comme nous l’étions tous à ce moment-là.           
 

Cette édition 2022 de la nuit européenne des musées est la première hors contexte Covid (croisons les doigts !) depuis 2019… qu’en attendez-vous personnellement ?

Nous avons envie de renouer avec le public, de façon festive et chaleureuse. La période de Covid a laissé des traces dans la pratique du musée, qui est devenue moins spontanée, voire source de tension et d’inquiétudes. Nous avons été sevrés du retour du public, de sentir son humeur, des envies. Nous avons envie de retrouver la fluidité des échanges : rendez-vous compte, avec les restrictions, il n’était même pas possible de revenir en arrière dans votre visite du musée...

 

D’après vous, qu’en attend le public ?

Des sensations physiques. Avec le Covid, on a vécu par procuration alors que le musée, c’est d’abord une expérience. A Rouen c’est une chance, les bâtiments qui abritent les musées sont d’une grande diversité : palais des Beaux-Arts, usine, église gothique, hôtel particulier, ancien couvent etc… Ce sont des lieux qui vous transportent ailleurs. Un musée, la nuit, c’est une atmosphère insolite et inédite.
Et puis, le public attend aussi la chaleur de l’accueil, un accès facile et gratuit, des connaissances sûres à sa portée, des activités participatives qui vous socialisent.

 

Que faire à Rouen pour la Nuit européenne des musées en 2022 ? Si vous aviez un parcours à nous proposer, à quoi ressemblerait-il ?

C’est une question difficile ! Pour les 11 musées de la réunion des musées métropolitains, nous concevons la Nuit européenne des musées comme la clôture de notre saison d’automne hiver, dont la programmation était cette année tournée vers le cirque.      

Un exemple hors de Rouen : à la Corderie Valois, un musée dans une manufacture toujours en activité, vous pourrez voir les machines mécaniques actionnées par la force de l’eau, mais aussi l’exposition « En habits de lumière » et découvrir les costumes et performances d’artistes circassiens.

Et puis intramuros, je ne peux que conseiller au public d’aller au Musée des Beaux-Arts, pour « Prière de toucher », une exposition de chefs-d’œuvre de la sculpture à découvrir à tâtons, les yeux bandés !

 

D’ailleurs que ferez-vous, vous, le 14 mai au soir ?

Exceptionnellement, je ne serai pas à Rouen ! Je serai à Montpellier, en famille, et j’irai probablement découvrir ce que font mes anciens collègues et piocher de bonnes idées, ou revoir certains lieux peu accessibles comme le musée d’anatomie et son incroyable collection de sculptures de cire, en particulier celles du rouennais Jean-Baptiste Laumonier (1749-1818)… frisson garanti !

 

Sans faire de réponse de normand (!), complétez cette phrase : « Pour moi la nuit européenne des musées c’est… »

La Nuit européenne des musées c’est un moment où tous les peuples d’Europe renouent avec ce qui les construit : leur bien commun, leurs collections préservées au fil des siècles. La Nuit européenne des musées permet de retrouver ce qui nous constitue et de se construire pour le futur : connaître d’où l’on vient pour savoir où l’on va.