Tout savoir sur l’affiche de la Nuit européenne des musées

Paul Perretti et Corentin Vigneron sont deux jeunes graphistes rennais, associés au sein de Minuit Studio, qui ont créé l’affiche de l’édition 2022.
Remise_au_format.png

Paul Perretti, Corentin Vigneron vous êtes les auteurs de l’affiche. Est-ce que l’un peut présenter l’autre et vice-versa ?

Corentin Vigneron : Paul et moi avons des parcours très liés ! Paul a 29 ans et moi 28. On s’est connu en licence d’Arts plastiques à l’Université Rennes 2 en partageant tous les deux une passion pour les arts et le graphisme. Paul est très porté sur l’illustration et l’impression, il travaille beaucoup sur les sujets print et apprécie particulièrement les belles éditions de livres.

Paul Perretti : Corentin a commencé à travailler en agence web. Il est aujourd’hui aussi investi dans l’illustration que dans le design graphique plus minimaliste, dans lesquels il trouve une complémentarité. Il a été plongé très tôt dans l’univers de l’architecture et de la science-fiction, pour lesquels il conserve un gout esthétique.

CV, PP : Nous avons créé Minuit Studio en 2017. Déjà habitués à travailler ensemble lors de nos études, la création du studio nous est alors apparue comme une suite logique !

 

Minuit Studio et la Nuit des musées, vous étiez fait pour travailler ensemble ? La lune revient souvent dans vos créations !

CV : Effectivement, nous sommes attirés par l’univers nocturne. L’aspect crépusculaire permet par exemple d’utiliser une palette de couleurs que nous aimons : orange, violet, bleu, rouge… Concernant la lune, nous apprécions toute la symbolique qu’elle peut avoir dans les différentes cultures du monde : elle éveille l’imaginaire, invite au voyage, on pense aux récits de Jules Vernes, à une ambiance un peu surnaturelle… Elle évoque aussi pour nous le mystère, le rêve, l’envoutement, les rites… Graphiquement parlant c’est un motif simple qui tranche avec notre souci du détail et note goût du foisonnement.

PP : Oui, comme le dit Corentin, la lune permet de contraster nos créations et dénote. Pour la Nuit des musées, ça nous est apparu comme une évidence de l’utiliser. Pour illustrer le visuel de l’affiche, nous voulions évoquer l’architecture des musées, qui peut être à elle seule un ouvrage d’art remarquable. Elle est souvent le fruit d’un geste fort : quand on pense au château de Chambord, ou au musée André Malraux au Havre, ce sont des bâtiments qui marquent… dans des genres différents ! Et puis pour nous qui travaillons à Rennes, nous avons le FRAC Bretagne qui est assez affirmé dans son aspect.

 

La nuit, la (pleine) lune, des escaliers labyrinthiques, votre affiche a un caractère très onirique… Qu’avez-vous voulu dire au travers de cette affiche ?

CV : Pour un événement comme la Nuit des musées, on ne peut pas résumer en une affiche toutes les thématiques, art, sciences, histoire, etc…, dans lesquelles le public va se plonger. Dans un musée, on déambule. On est parti de ce constat pour accentuer le propos sur la contemplation et on s’est appuyés sur le musée comme lieu unique par sa forme.

PP : Même si c’est un lieu que l’on peut parcourir entre amis, en famille ou avec sa classe, tout le monde a sa sensibilité propre face aux contenus des expositions… Cette sensibilité, en étant individuelle, fait que chacun s’approprie le lieu de manière différente. Face aux oeuvres, on peut ressentir des choses très personnelles. La silhouette seule renforce l’immensité du paysage et d’un point de vue graphique, elle donne une échelle.

 

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour cette affiche ? On pourrait penser à l’univers du Roi et l’Oiseau.

PP : On l’a vu tous les 2 mais ce n’était pas conscient ! Peut-être sans le vouloir ? On apprécie beaucoup le travail d’Escher, qui est une référence en matière de composition architecturale très chargée et en réalité impossible. On s’est également inspiré du courant surréaliste pour cette composition.

CV : Plus largement, côté bande dessinée, on est pas mal inspiré par le dessinateur Belge Schuiten dont je dévorais les BD quand j’étais enfant. Son univers est très contemplatif, il développe souvent le rapport que peuvent entretenir des personnages avec leur environnement démesuré. Mais pour l’affiche, on a cherché à faire une œuvre accessible à tous, sans références écrasantes.

 

Entrons dans le détail de l’affiche :

Rideau sur la nuit des musées ou torrents de culture ?

PP : Ni rideau, ni torrent : des drapées qui contrastent avec la rigidité de la structure. C’est quelque chose qui peut être en flottement, grâce à un courant. Ça peut être un courant de pensée, un courant artistique… Ils apportent du dynamisme et laissent libre place à l’interprétation. Les drapées apportent de la vie et symbolisent un instant, un moment capturé.

Pourquoi une personne seule ?

CV : Chacun a sa sensibilité, son individualité. La silhouette souligne ceci. La notion de voyage est également présente : le musée a cette fonction d’échappatoire, vers d’autres lieux, d’autres époques. On a aussi voulu marquer le déséquilibre face à la lune. Dans un musée, il faut savoir apprécier le gigantisme… et faire preuve d’humilité !

 

Et pour finir, le 14 mai au soir, vous faites quoi ?

CV, PP : On ira au musée bien entendu ! Cette Nuit des musées, c’est une bouffée d’oxygène après l’épidémie de Covid. On sent cet événement comme une occasion de remettre de l’émotion au coeur de nos vies et de sortir du quotidien.